Sarkophage : "J'espère que je serai un petit caillou dans la chaussure de Sarkozy"
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Alors, qui êtes vous ?
Je ne donne jamais ma réelle identité, je me retranche derrière un pseudo. Je ne peux pas me permettre de donner mon identité, il y a trop d’enjeux par rapport à certaines de mes relations. Je préfère donc me cacher derrière Sarkostique mais ce qui compte, au fond, c’est la dénonciation de Sarkozy, que je juge dangereux. J’ai trouvé mon pseudo en trente secondes ! Je précise que je ne suis ni encarté ni un sous-marin de qui que ce soit. Je suis un grand garçon et je n’ai besoin de personne pour être orienté. Un citoyen lambda, en somme.
Pourquoi avoir crée ce blog ?
Un matin de juin 2005, j’ai été atteint de Sarkozyte aiguë. C’est une maladie qui se caractérise par une allergie à sa personne, à son omniprésence dans les médias et compagnie. Je ne voulais pas m’engager dans un parti, je ne voulais pas non plus faire d’attentat car je ne suis pas un violent ! Je connaissais un peu les blogs et c’est simple à faire. Le 7 juin 2005, à 7h du matin, j’ai donc crée un blog avec un premier article puis on se prend au jeu et ça a bien marché. Je fais une publication quotidienne. Sarkostique est une marque quasi déposée avec le blog et un forum, les gens discutent autant et même mieux que sur le blog. Ca permet en outre de discuter d’autres sujets mais aussi d’améliorer le référencement puisque ça fait deux points d’entrée sur le net. Ca fait partie d’une stratégie plus globale, ça crée un effet buzz. Et puis il y a aussi des échanges de billets, de bannières ou de liens. Tout ça prend beaucoup de temps, on en devient de plus en plus fou.
3) Etes-vous surpris par votre nombre de lecteurs ?
Oui, je le suis mais est-ce vraiment impressionnant ? J’avais 40 lecteurs au départ, j’en ai 4 000 aujourd’hui, ça a été multiplié par cent mais les gens restent-ils ? Est-ce que j’arrive à les convaincre ? Il faut rester humble. 4 000, c’est bien, 10 000, ce serait encore mieux ! Je manque de recul sur tout ça. C’est dans ma personnalité de toujours vouloir faire mieux, de pousser le bouchon. J’espère que mon blog sera très visité pendant la campagne et que je serai un petit caillou dans la chaussure de Sarkozy. Un tout petit caillou mais quand même.. Mais il ne faut pas être prétentieux quand même, je ferai un bilan le lendemain de l’élection.
4) Justement, si Sarkozy gagne, vous fermerez votre blog ?
Non, je le laisserai ouvert, quelle que soit l’issue du scrutin. Pourquoi le fermer ? De toute façon, je ne me verrais pas fermer quelque chose où j’ai passé tant de temps, j’aimerais même qu’il me survive.
5) Quelles sont vos relations avec vos lecteurs ?
Les réactions sont très variables. On passe d’affrontements puérils à des partages d’idées plus élaborés et complexes. Des gens m’ont aidé, notamment au niveau de la technique, on m’a fait une bannière, le relookage a été assuré par Kostyks. On s’est entendus sur pas mal de choses. L’équipe s’est agrandie, il y a les modos du forum… En fait, le blog est la cheville ouvrière et le forum est un travail partagé.
6) Vous avez eu des soucis avec certains lecteurs ?
Beaucoup, oui, j’ai reçu des mails d’insultes, il y a eu du spam sur le blog, aussi, des gens qui postaient des commentaires en rafale. C’est d’ailleurs pour ça que je réclame un système de retarding qui empêcherait de poster plus d’un commentaire par minute. Parce qu’à une époque, j’ai quand même eu 200 ou 300 commentaires d’affilée ! On m’a aussi menacé plusieurs fois de m’attaquer, de fermer mon blog…
7) Ca vous est déjà arrivé de vouloir donner une leçon à un lecteur agressif ?
Oui, il y a vraiment des gens à qui ont a envie d’écrire mais je n’ai pas de temps pour ça. Il faut passer à autre chose d’autant que ça peut être une stratégie dilatoire encourageant le blogueur à prendre plus de temps à répondre aux critiques qu’à travailler sur le blog.
8) Pensez-vous être un blog addict ?
Oui, complètement, j’en suis malade et même gravement malade. J’y passe beaucoup de temps par jour, beaucoup trop. Le temps que j’y passe quotidiennement est variable, ça peut aller de 30 minutes à beaucoup trop ! Mais je serais capable d’arrêter du jour au lendemain, j’ai déjà dû m’arrêter par rapport à certaines addictions… Le blog est un outil comme un autre, certains investissent leur temps dans le sport, les associations, le tabac, l’alcool… Moi, j’y passe du temps mais c’est quelque chose de positif. Mon but est de défendre des idées, je ne cherche pas à diffamer ou détruire. Il y a un plaisir de la satyre, c’est un art qui disparaît alors que c’est la meilleure façon de dénoncer les dérives de la société sans forcément proposer une alternative. La gauche et la droite se critiquent et, à l’arrivée, il n’y a rien. Alors que si on prend les excès des deux côtés, on se rend compte qu’ils font fausse route. Le Canard Enchaîné illustre bien ça : les deux côtés ne sont pas sur le bon chemin. Moi, je mets en avant la contradiction entre une personne et son environnement. Je ne fais pas de politique déguisée, je montre juste que Sarkozy est dangereux et qu’on peut rire de lui.
9) La France est le pays qui blogue le plus. Ca vous surprend ?
Non, pas du tout, ça correspond à l’image des Français, sur le versant négatif. Les Français sont très individualistes, alors que c’est le pays où il y a le plus d’associations. Nous sommes nombrilistes, on veut crier au monde son opinion, ses envies, son dégoût, c’est gratuit et facile. Je ne suis pas seul et tout le monde peut m’entendre ! Mais c’est totalement illusoire, c’est comme crier dans un champ. Les blogs sont un peu un phénomène de mode, je reste dubitatif sur l’écho que ça peut avoir. Moi, je me vois comme un bruissement dans le désert, les tous petits blogs sont plutôt une note de piano dans l’univers. Je ne pense pas que ce soit un moyen d’échange très influent. C’est très développé mais on s’y noie. Mais qui peut changer les choses ?
10) Certains utilisent leur blog comme un buzz. Et vous ?
Oui, j’utilise le système de buzz à outrance. Il y a une croissance exponentielle du net. Il y a 5 ans, Google référençait un milliard de pages, nous en sommes à 10 milliards aujourd’hui ! C’est démentiel. Pour exister, pour avoir une once de chance d’être présent dans les moteurs de recherche, il faut essayer de sortir de l’anonymat. Que notre petite voix ait la possibilité d’être entendue. Dès qu’un billet est publié, comment le diffuser ? Comment va-t-il être traité, repris ? Il faut penser à tout ça, sinon, on se condamne à écrire pour rien.
11) Vous avez déjà joué avec les titres pour attirer les lecteurs ?
Chaque titre doit correspondre à ce que l’on dit sinon le lecteur ne reviendra pas. Il faut donc être en accord avec ce que l’on écrit et ce que les gens lisent, ainsi que ce qu’ils cherchent. Il faut être attentif au titre, c’est ce qui fait 50% du positionnement. C’est un peu comme un jeu d’échec , on avance nos pièces, chaque mouvement étant susceptible de nous faire gagner ou perdre la partie.